mercredi , décembre 12 2018
Accueil / Kiosque / Kamwina Nsapu à Kinshasa : Retour à la Zorro de John Tshibangu

Kamwina Nsapu à Kinshasa : Retour à la Zorro de John Tshibangu

* Quelqu’un, sous la deuxième République, parlant d’un certain sentiment exprimé par les « militants-peuple » de l’Udps, précisément en ce qui concerne le choix du Premier ministre,  disait: « s’il s’agit de « tshi », c’est bon. Aujourd’hui, il ne s’agit plus de se contenter de n’importe quel « tshi ». Sinon on accueillerait Tshibala en chantant. Il semble qu’il y aurait des « tshi » plus « tshi » que les autres.  On veut celui qui aligne deux « tshi » : Tshisekedi  Tshilombo.

Le Kasaï s’est embrasé  de la manière la plus inattendue, même si, compte tenu du climat politique actuel au pays, ce qui arrive dans cette partie du pays n’étonne personne. Pour remonter à la genèse de cette crise, on retrouve un certain médecin. Il vivait en Afrique-sud. Rentré au pays pour régler à sa manière un conflit coutumier,  il va se muer très rapidement en un chef de milice sous le nom du chef Kamwina Nsapu.

Pour bien comprendre le mystère de Kamwina Nsapu, il faut savoir qu’il ne s’agit pas d’un pouvoir provincial ni même au niveau du territoire. Il s’agit d’un pouvoir coutumier au niveau du « groupement ». Chaque territoire compte plus ou moins dix  groupements. Le groupement « kamwina nsapu » est un groupement parmi tant d’autres.  Pour qui connait le Kasaï, les conflits coutumiers sont récurrents. On se querelle pour la succession et parfois, les conflits débordent sur les groupements voisins. L’autorité provinciale, si pas l’autorité au niveau du territoire, ne s’en mêle, souvent pour envenimer les conflits pour des intérêts mesquins.

Le conflit de succession au groupement « Kamwina Nsapu » n’est ni une grande première ni le conflit le plus important des conflits coutumier. Son expansion et sa généralisation doivent étonner toutes les bonnes consciences. Personne ne peut comprendre que le conflit né à Tshibulu dans le Kasaï central, puisse s’étendre comme un feu de brousse dans toutes les provinces issues du découpage du Kasaï occidental (Kananga) et le Kasaï oriental (Mbuji-Mayi).

La donne John Tshibangu

Quand, à Kinshasa, après avoir perdu les élections en 2011, le leader de l’Udps avait engagé ce qu’il avait appelé la lutte pour « la vérité des urnes », une rébellion a éclaté au Kasaï enfourchant le même cheval de bataille, à savoir, « la vérité des urnes » que les politiques de  Kinshasa. Mis en débandade par les Fardc, John Tshibangu, commandant de cette rébellion n’a plus jamais donné signe de vie.

Tout porte à croire que si l’homme avait vu tomber ses illusions, il n’a jamais abandonné son ambition. Celle de faire du Kasaï un no man’s land. Après avoir semé la mort et la désolation à l’Est du pays, John Tshibangu  s’est engagé à agir cette fois at home.

Ce n’est pas étonnant que  ce qui se passe actuellement au Kasaï soit une réapparition de John Tshibangu. Tout indique que telle thèse du retour à la Zorro de John Tshibangu  est soutenable. D’abord, il y a cette extension du conflit à tel point que tous les Kasaïens s’appellent « Kamwina Nsapu ». Ensuite, le conflit coutumier se transforme en revendication pour l’application de l’accord du 31 décembre 2016. Enfin, les miliciens, supposés être recrutés  parmi les villageois ont étonnamment,  non seulement appris à manier des kalachnikovs, mais aussi à prendre des localités, les contrôler, … surtout à faire des embuscades aux agents de sécurité et de les exterminer.  Ce qui explique tout, c’est cette haine contre les forces de sécurité. De la part des milices villageoises, c’est un grand étonnement. Sauf si on refuse de regarder la vérité en face,  la main noire que l’on recherche au Kasaï est peut-être encore tapie dans l’ombre à Kinshasa ou ailleurs, mais son bras armé, il est sur place au Kasaï. S’il ne s’appelle pas John Tshibangu, cela étonnerait.

Kamwina Nsapu à Kinshasa

Ce que nous disons est d’une très grande gravité. On doit donc nous éloigner de toute plaisanterie.   C’est une logique simple. Si au Kasaï, les Kamwina Nsapu ont rejoint ceux qui « luttent » pour l’application de l’accord du 31 décembre, on ne voit plus ce qui pourrait les éloigner ls uns et les autres. Tous les traits communs sont déjà présents à Kinshasa. On peut citer la haine – en lieu et place de l’opposition normale –  que les Kamwina Nsapu du Rassemblement portent sur tout ce qui est policier et pouvoir public. Vient en ordre utile cette prétention d’être meilleur que tous, d’avoir toujours raison. Par conséquent de se croire avoir plus de droits que tous les  Congolais réunis.  Et d’ailleurs, ce sont les militants de l’Udps/Rassemblement qui constituent le peuple congolais.  Ainsi donc, quand l’Udps parle, c’est le peuple qui parle. A ce point, que l’on ait en face un « Udps-Kamwina Nsapu », rien d’étonnant. Quelqu’un, sous la deuxième République, parlant d’un certain sentiment exprimé par les « militants-peuple » de l’Udps, précisément en ce qui concerne le choix du Premier ministre,  disait: « s’il s’agit de « tshi », c’est bon. Aujourd’hui, il ne s’agit plus de se contenter de n’importe quel « tshi ». Sinon on accueillerait Tshibala en chantant. Il semble qu’il y aurait des « tshi » plus « tshi » que les autres.  On veut  celui qui aligne deux « tshi » à la fois : Tshisekedi  Tshilombo.

Cette haine des Congolais dans le chef de des « militants-peuple » n’est pas de nature à garantir le vivre ensemble. Quiconque ne partage pas le soutien à Tshilombo n’a même pas le droit de vivre. On rappelle à tout le monde la fuite de Mobutu. On menace même ceux qui avaient le mérite de chasser ce dictateur pendant que « Udps-Kamwina Nsapu » ne pensait qu’à partager le pouvoir avec le même dictateur.  Mobutu était démocrate quand il nommait  Tshisekedi. Il  redevenait dictateur lorsqu’il  refusait de le nommer ou le révoquait après  l’avoir nommé.

On ne sait pas pendant combien de temps les autres « peuples » vont continuer à subir ce mépris, cette haine. Gouverner, c’est prévoir dit-on. Il y a  de plus en plus  de Kasaïens – mis à part les détribalisés nés et grandis à Kinshasa – qui peuplent les quartiers de Kinshasa. Ce qui  est un droit constitutionnel, voire humanitaire de chacun. Mais ce qui n’est pas un droit, c’est le mépris des autres. En peu de mots, c’est maintenant qu’il faut empêcher à Kinshasa ce qui était arrivé au Katanga. Tel drame, personne n’en veut. On ne veut pas qu’il y ait de Kyungu wa Kumwanza à Kinshasa ou ailleurs. La bonne façon de le faire est d’éviter des « Kamwina Nsapu » à Kinshasa. Les militants-peuples de l’Udps/Rassemblement n’ont rien à envier aux Kamwina Nsapu du Kasaï.  L’Udps/Rassemblement doit en prendre conscience afin de ne pas avoir à y répondre.

La Colombe 

Voir aussi

Cnsa : la tripartite qui accouche d’une souris

L’opposition congolaise a une grande capacité d’oubli. Une capacité tellement grande que souvent, tout vire …

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *