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Fcc-Palu, les mauvais calculs du parti lumumbiste

Cet article qui date d’avant la décision de ce parti politique de signer la charte du Fcc. Bien que la situation ait évolué, au moment où il y a encore des individus pour épiloguer sur l’intérêt qu’aurait le Palu à rester en dehors du Fcc, l’analyse reste valable et d’actualité.

Quel que soit le temps que cela pourra prendre, la liste d’adhésion au Front commun pour le Congo devra être clôturée un jour ou un autre. Et après ce sera tard.  Selon les informations en notre possession, le Parti lumumbiste unifié (Palu) n’est pas décidé d’adhérer à cette méga plate-forme. Il nous revient, cependant que le parti cher à Antoine Gizenga n’est pas prêt à oublier sa profession de foi sur la continuation de son alliance avec Joseph Kabila, actuel Chef de l’Etat, autorité morale du Fcc.  Cette position est étonnante. Elle fait déjà des mécontents et des départs enregistrés. C’est le cas de Botakile, rare élu de ce parti dans l’ancienne province de l’Equateur. Il est actuellement vice-ministre de l’Agriculture.  D’autres démissions pourront être enregitrées ou sont dans le pipe-line.  On pense que les députés comme Lokola et autres ( sauf souci de conserver leur mandat au parlement), pourront décider de quitter le Palu. On parle également du mécontentement dans les rangs de certains ministres comme Kabwelulu, ministre des Mines et  Matuku, ministre d’Etat en charge du Travail et de la Prévoyance sociale.

Ceux qui s’interdisent d’étudier la question en profondeur ont tort de voir en ces départs et ces mécontentements, le besoin de ne pas perdre les avantages reçus. Bien au contraire, la création du Fcc crée dans le pays une nouvelle donne politique face à laquelle, il faut savoir se positionner. Le Palu, pour bien se positionner, doit éviter de comparer ie Fcc à l’Amp (Alliance de la majorité présidentielle) avec laquelle il avait fait l’alliance en 2006 après le premier tour de la présidentielle. Il s’agissait d’un accord de report des voix en vue de gagner cette présidentielle. Ce qui était chose faite. En 2011, une législature après, cet accord avait, en principe, cessé ses effets sur le comportement des uns et des autres. Si les deux parties ont continué à marcher ensemble, c’est entre autre en raison de la motivation qui, selon Antoine Gizenga, était à la base de cet accord. Il avait évoqué  la proximité idéologique et la nécessité de lutter contre la fracture Est-Ouest.

On suppose que ces raisons restent valables. Mais peuvent-elles, dans les circonstances actuelles, permettre de « gérer ensemble » ? C’est le grand enjeu de la réflexion à mener au sein du Palu. Il faut rappeler aux dirigeants du Palu que la proximité idéologique n’avait pas commencé à exister avec le deuxième tour de la présidentielle de 2006. Mais elle n’était pas une condition pour gérer ensemble. C’est le scrutin à deux tours qui a favorisé le rapprochement.

En termes clairs, si on avait comme aujourd’hui, une élection à un seul tour, il n’y aurait aucune raison pour que Joseph Kabila et l’Amp associent le Palu à la gestion du pays. Rappelons que ce parti politique avait tenu le poste de Premier ministre pendant toute la législature, dans un respect parfait de l’accord.

L’Amp n’est pas le Fcc

Le Parti voudrait garder son indépendance vis-àvis du Fcc, comme c’était le cas avec l’Amp et la Mp. Et pourtant, les choses ont radicalement changé. Depuis l’alliance avec l’Amp, beaucoup d’eau a coulé sous le pont. Plus important, on a désormais une élection à un seul tour. Si le Fcc remporte la présidentielle et s’offre une majorité confortable pour gouverner, on ne voit pas pour quelle raison il irait chercher d’alliance avec le Palu. Le contraire, même très peu probable, peut aussi se produire dans le cas où le Palu et ses alliés remportaient la présidentielle avec une majorité parlementaire claire, on ne les voit aller chercher la Mp pour gouverner ensemble. Pour ne pas y aller par le dos de la cuillère, la seule possibilité pour le Palu de conquérir le pouvoir demain, c’est d’y aller seul ou d’adhérer au Fcc.  C’est une décision courageuse à prendre. Ne pas le faire, c’est vouloir, de façon fantaisiste, se mettre dans la situation de la chauve-souris. Il n’y a pas plus délicat en politique, que d’être mi-oiseau, mi-mammifère. Les militants ont le droit de le savoir en lieu et place d’être menés  en bateau avec des considérations politiciennes proches à  des incantations sans lendemains.

Leçon de l’histoire

Dans ce pays, hier comme aujourd’hui,  personne ne peut gagner seul le pouvoir politique. Quelle que soit la popularité et la notoriété de Patrice Emery Lumumba, pour se hisser au pouvoir, il avait besoin de s’associer au Psa de Antoine  Gizenga, Cerea de Bishikiro et Balubakat de Janson Sendwe. A cette époque, il n’avait pas besoin d’une balance ou d’un tamis pour sélectionner les vrais et les faux nationalistes avec lesquels il fallait composer ou non. Il s’est mis avec ceux, à l’époque, avaient la passion pour le Congo. En se mettant ensemble, il a eu le temps d’apprécier les uns et les autres. Deux de ses collaborateurs ont été ses compagnons jusque dans infortune. Beaucoup d’autres ont subi  l’exil, les tortures, les privations diverses. Bien entendu, les faibles idéologiques ont succombé aux charmes du pouvoir mobutien.

Malheureusement, au Palu, on exige une certaine virginité et un certificat d’orthodoxie lumumbiste à qui veut  faire alliance avec lui. C’est l’argument avancé par le Palu pour ne pas faire partie intégrante de la Mp. C’est visiblement le même gêne qui habite le Palu au moment de décider de son adhésion au Fcc. Le parti lumumbiste se met dans la position de vouloir une chose et son contraire. Il entend, en déclarant son alliance avec Joseph Kabila, se mettre en situation de « participer à la consommation de la récolte sans avoir participé au labour ».  Car, si le Palu ne va pas aux élections avec le Fcc, c’est qu’il combattra sur le terrain les candidats de cette méga plate-forme.  Par quel miracle devra-t-on absoudre tout cela pour faire la jonction ? La possibilité de voir le Palu partager le pouvoir avec le clan Kabila au nom de l’alliance avec ce dernier,  est nule.

Aller seul dans la bataille

Parti historique, le Palu est certes appelé à une grande ambition. Par exemple, s’offrir une majorité pour gouverner seul. C’est un rêve, mais, à ce jour, il est incantatoire. Il faudra attendre plusieurs générations pour voir le début de réalisation de tel rêve.   Pour faire en sorte que ce rêve se réalise, le Palu ferait fausse route en se transformant en une secte politique fermée à tout pragmatisme. Car, plus le Palu s’isolera, moins il sera attirant et plus il perdra sa capacité  de parti qui compte. Se présenter seul aux prochaines élections sera moins payant qu’en 2006 lorsque, sans battre campagne, le Palu avait placé son candidat à la présidentielle en troisième position. Ce qui lui avait fait jouer le rôle de faiseur des rois. Il avait gagné une quarantaine de sièges à l’Assemblée nationale. On est très loin de penser que dans la configuration actuelle, le Palu peut se permettre les mêmes performances.  Il y a donc lieu de changer de stratégies. Au cas contraire, ce sera « pushi gikulu », cette légende d’un individu qui achète un chien alors qu’il est en âge avancé en espérant  une chasse fructueuse en souvenir de ce qu’il était pendant la jeunesse.

Le Palu ne peut pas se contenter de certains alliés qui, eux, comptent plutôt sur lui. Car, si le Palu reste ce qu’il est, avec ses cadres actuels, il ne pourra atteindre le seuil exigé qu’en travaillant un peu plus qu’en 2006 et en 2011. Dans le cas où il y aurait de nombreux départs à la suite de mauvais choix et de mauvais positionnement, on ne voit pas quel allié pourra compenser le manque à gagner.

Renoncer au pouvoir

Prendre l’option de jouer le tout pour le tout, c’est aussi responsable, mais à condition de prendre cette option en âme et conscience. Dire aux militants que l’on va  seul aux élections avec des candidats à tous les niveaux, pour gagner, pendant que rien ne prépare à cette victoire, c’est créer les conditions d’implosion du parti après l’échec. Apres dix ans de participation au pouvoir, on ne voit pas règner  la même ferveur au parti pendant les cinq prochaines années dans l’opposition. Inutile d’appliquer la politique de l’autruche. Adhérer au Fcc, est une solution, la seule pour s’inscrire dans la continuité. Une solution antichoc.

La Colombe

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