mercredi , décembre 12 2018
Accueil / Actualités en temps réel / La Cenco, au seuil du diabolique ?

La Cenco, au seuil du diabolique ?

Il est en train de se créer un climat processus à l’arrêt du processus électoral. On crée de toutes pièces une crise. La seule façon d’en sortir sera le dialogue. Si ce mot est tabou, pour le besoin de la cause, notamment au sein de l’opposition, certains acteurs de la « communauté internationale » n’en font plus mystère. La Représentante du Secrétaire général de l’Onu, Leila, a appelé au consensus autour de la « machine à voter ». Elle connaîtrait la classe politique congolaise, elle se reserverait de prononcer ce mot « consensus », tout en émettant le vœu des élections apaisées.  Elle donne ainsi la preuve qu’elle n’a pris aucune peine de « s’équatoriser », pour ne pas dire de se tropicaliser. Pour l’opposition congolaise, le consensus veut dire « accepter la volonté du peuple». Par peuple entendez opposition radicale.  Il en a toujours été ainsi. Pour que cela apparaisse légitime, l’opposition congolaise n’est pas comme celle des autres pays. Pendant qu’ailleurs, l’opposition c’est la minorité à  laquelle le peuple n’a pas donné le mandat de gouverner, en Rdc, l’opposition c’est le peuple. Ses volontés sont les volontés du peuple. Ce que l’opposition dit, c’est le résultat positif d’un référendum. Au nom de cette vision, tout le monde oblige les dirigeants à se soumettre, à faire la volonté de l’opposition-peuple. Quand cette volonté du peuple est accompagnée de la « volonté divine » représentée par l’Eglise nationale », la communauté internationale se voit la tâche facilitée.

Ce ne sont pas des choses en l’air. Pour ne pas remonter jusqu’au déluge, rappelons que l’opposition a commencé la contestation électorale en 2014. On se souvient de la séance de sifilet à l’Assemblée nationale. La décision de l’opposition de ne participer à aucune plénière de cette institution qui aurait à l’ordre du jour, les questions életorales. Le rejet du recensement pour cause que ce serait une manouvre pour retarder les élections. Le rejet de la loi électorale jusqu’à ce qu’y soit élaguée la disposition en rapport avec le recensement. L’apothéose, c’est la contestation des calendriers électoraux. Le premier  qui préconisait de commencer par les locales a été rejeté, parce qu’on y voyait une manœuvre de ne pas aller aux élections les plus importantes, à savoir les législatives et la présidentielle. Toute la communauté internationale, à commencer par la Monusco de Martin Kobler, a amené tout le monde  à faire pression sur la Ceni. Le maître mot, c’était la recherche du consensus autour du calendrier électoral. Comment y parvenir ? Le Chef de l’Etat a pris une ordonnance convoquant un dialogue national. Comme si l’objet de  ce dialogue n’était pas clairement exprimé, les Evêques catholiques, suspicieux comme il n’est pas parmis, y ont vu une brèche dans laquelle ils se sont engouffrés sans scrupules. Quel est l’objet de ce dialogue, s’étaient interrogés les Evêques ? Le Chef de l’Etat recevant une délégation des Evêques avait clairement dit que le dialogue avait pour but de trouver un consensus autour du calendrier électoral. Cela n’avait pas suffi.

Au lieu que l’opposition exige que le dialogue soit dirigé par la Cenco – sans doute que l’expérience de la Conférence nationale et du Haut conseil de la République, dirigés par les prêtres n’était pas un gage de confiance – l’opposition a demandé un facilitateur international. En fin de comptes, l’opposition rejetera Eden Kodjo le facilitateur désigné par l’Union africaine (Ua). La Conférence épiscopale nationale du Congo (Cenco) entamera la manœuvre de reprendre la main. Elle tentera une opération de charme vers l’opposition en quittant le dialogue de la Cité de l’Ua avec bruits. Elle accusait ce forum de non inclusif en l’absence d’une frange de l’opposition qui, aux yeux des Evêques catholiques, était plus représentative toute la classe politique réunie.

Jouant au malin, se servant de l’article 4 de l’accord de la Cité de l’Ua qui laissait une ouverture à ceux qui avaient boycotté le dialogue, la Cenco est allée demander au Chef de l’Etat une mission de bons offices afin de ramener à l’accord, l’opposition du Rassemblement. Une ruse qui n’a rien de catholique. La Cenco a organisé tout un autre dialogue, en faisant croire au monde entier que c’est Joseph Kabila qui aurait sollicité l’apport des Evêques pour le sortir de l’embarras. Le clan politique auquel appartiennent les Evêques de la Cenco, a entretenu ce flou afin que l’Accord dit de la Saint Sylvestre soit présenté comme l’unique, comme un deus-ex-Machina. On a poussé cette malhonnêteté intellectuelle jusqu’à faire croire que c’est cet accord qui aurait permis que Joseph Kabila reste au pouvoir.

La décrispation

Pendant ce dialogue, sans aucun soubassement juridique, organisé au Centre interdiocésain, les enjeux ont changé. Les élections ont laissé la place aux stratégies de conquête du pouvoir. Les mesures dites de décrispation sont devenues de vrais enjeux de cet environnement créé par la Cenco.

Tant que Katumbi, l’arbre qui cache la décrispation, ne sera pas libre, tout sera fait pour que rien n’avance vers les élections. C’est tout le sens de la mobilisation du fameux comité laïc de coordination (Clc). Chaque fois que tout se complique pour Katumbi, la Cenco sort des bois et le Clc se manifeste avec des déclarations fleuves, malheureusement vides.

Puisqu’il ne faut rater aucune occasion pouvant servir de brin de sable dans la machine électorale, la Cenco demande la certification de la « machine à voter ». Certifier quoi ?En termes clairs, quel estlevrai problème ?  En auoi la machine estdangereuse ? Curieusement, la Cenco, spécialiste en tout, n’a pas d’avis à donner au sujet de la « machine à voter ». Et au nom de la décrispation, même les délits antérieurs à l’accord, que pourrait commettre Katumbi dans sa vie, sont absouts d’avance.  Donatien Nshole, secrétaire général de la Cenco, dans son rôle d’avocat de Katumbi,  a inventé la théorie selon laquelle, la question de nationalité risquerait de conduire le pays à l’implosion.

Une façon de dire qu’au nom de la paix, certaine dispositions de la Constitution peuvent être mises en veilleuse. Ce 000que personne n’avait demandé au sujet de l’article 70 de la même Constitution. Jusqu’où ira le cynisme épicopal ? L’erreur est humaine dit-on. Dans le cas d’espèce, la Cenco persiste dans l’erreur de privilégier les intérêts individuels à ceux de tout le pays. A quel prix? Voilà qui devient diabolique.

La Colombe

 

Voir aussi

Cnsa : la tripartite qui accouche d’une souris

L’opposition congolaise a une grande capacité d’oubli. Une capacité tellement grande que souvent, tout vire …

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *